Hello,
Aujourd'hui, je voudrais te partager une situation qu'a récemment vécue une de mes cheffes de projet.
Pas juste pour te raconter une anecdote, mais parce quâelle dit beaucoup de la posture professionnelle, surtout quand lâenjeu devient consĂ©quent.
Un client la contacte pour un projet professionnel dâenvergure.
Un projet structuré, ambitieux, avec un budget à la hauteur.
La demande est claire : conception et suivi de chantier.
TrĂšs vite, une condition sâimpose.
âLe client souhaite travailler avec ses propres artisans.
Ma cheffe de projet explique calmement que, de son cĂŽtĂ©, le suivi de chantier ne se fait quâavec les entreprises qu'elle connait et avec lesquelles elle a lâhabitude de travailler.
Câest une question de mĂ©thode, de cadre, mais surtout de responsabilitĂ©.
La rĂ©ponse du client est polie, mais condescendante.â
Un âvous apprendrez Ă travailler main dans la main avec mes artisansâ qui nâest pas frontal, mais qui place subtilement lâautre en position dâĂ©lĂšve.
âLe rapport de pouvoir est lĂ . FeutrĂ©, mais bien prĂ©sent.
Et Ă ce moment-lĂ , quelque chose vacille chez ma cheffe de projet.
Parce que quand le projet est consĂ©quent, que le budget est Ă©levĂ©, que lâinterlocuteur a lâhabitude de diriger, on commence parfois Ă douter de ce que lâon sait pourtant trĂšs bien.
On en parle ensemble.
Elle m'explique qu'elle doute, qu'elle se remet en question, que la période est compliquée, que ça pourrait aussi trÚs bien se passer... mais comme moi, elle voit bien les Red Flag...
Tous ses questionnements ne sont pas dĂ» un manque de compĂ©tences, mais comme lâenjeu est important et que la pĂ©riode pousse Ă la prudence, elle est dĂ©stabilisĂ©e. Et c'est lĂ que tenir sa posture Ă le plus d'importance !!
Je lui rappelle des Ă©lĂ©ments trĂšs concrets, quâelle connaĂźt dĂ©jĂ par cĆur.
âMĂȘme avec des plans dâexĂ©cution, sa responsabilitĂ© est engagĂ©e, elle le sait.
Mais un suivi de chantier avec des artisans qui ne sont pas les siens, câest une autre histoire.
Les plans arrivent bien en amont.
Le chantier, lui, se joue sur le terrain.
Quand lâarchitecte nâest pas prĂ©sente au quotidien, quand elle ne pilote pas les entreprises, les choses sont moins lisible pour le client. En cas de problĂšme, souvent dĂ»s aux artisans, la responsabilitĂ© nâest pas immĂ©diatement identifiĂ©e. Elle circule et peut se diluer - ce qui ne rend pas l'obligation de la dĂ©cennale obsolĂšte, qu'on soit bien d'accord.
En revanche, dÚs que tu es sur le chantier, dÚs que tu pilotes les entreprises, tout devient évident. Aux yeux du client, tu es le point de référence, le point de décision et trÚs vite, le point de friction.
Accepter un suivi de chantier avec des artisans que tu ne connais pas, câest accepter dâendosser cette place⊠sans en avoir les leviers. Et lĂ , en cas de problĂšme, tu te retrouves seule, prise entre le client et ses entreprises.
Elle finit par convenir de tout ça.
Parce quâelle le sait. Ăvidemment quâelle le sait.
Et pourtant, Ă ce moment prĂ©cis, elle est prĂȘte Ă faire une erreur, sans mĂȘme sâen rendre compte.
Elle sâapprĂȘte Ă envoyer un mail avec deux options :
- un devis pour la conception seule
- et un devis pour la conception avec suivi de chantier, en prĂ©cisant, une nouvelle fois, quâelle ne travaille quâavec les entreprises quâelle connaĂźt.
Sur le papier, tout est propre, tout est cohĂ©rent avec sa façon de travailler, sauf quâil y a un problĂšme.
Le client, a été trÚs clair dÚs le départ : il veut un suivi de chantier avec ses artisans.
Revenir dans ce mail avec une option quâil a dĂ©jĂ refusĂ©e, ce nâest pas clarifier.
Câest tenter !
Câest faire comme si le ânonâ nâĂ©tait pas tout Ă fait un non.
Comme si, peut-ĂȘtre, selon les conditions, une discussion restait possible.
Et câest lĂ que la posture se fissure, parce que, sans le vouloir, ce mail raconte autre chose :
- jâai besoin que ce projet se fasse
- jâespĂšre que ça peut passer
- je remets mon cadre sur la table parce que lâenjeu est important
Or, lorsquâon a clairement posĂ© son cadre, quâil a Ă©tĂ© entendu mais balayĂ© dâun revers de main, on ne revient pas dessus, ni pour se justifier, ni pour tenter de le faire accepter.
âUn cadre ignorĂ© ne se rĂ©pĂšte pas.
Il se tient.
Ă ce moment-lĂ , elle prend conscience de ce qui est en train de se jouer.
Pas dâun point technique, mais dâun point de posture.
âEt mĂȘme si câest difficile, mĂȘme si lâenjeu est important, elle dĂ©cide de tenir son cadre.
Elle écrit donc un autre mail.
âUn mail simple. PosĂ©. Sans justification excessive.â
Elle y joint le devis pour la conception, conformément à ce qui a été évoqué.
Et concernant le suivi de chantier, elle rappelle simplement, comme elle lâa dĂ©jĂ expliquĂ© sa maniĂšre de travailler.
Rien de plus.
Rien de moins.
La réponse du client arrive quinze minutes plus tard :
« Merci, câest trĂšs clair. Pouvez-vous me dire combien vous prendriez pour un suivi de chantier avec vos artisans ? »
Ce qui est intĂ©ressant ici, ce nâest pas lâissue immĂ©diate, câest ce que cette situation rĂ©vĂšle.â
Ce client nâĂ©tait pas agressif, il est simplement habituĂ© Ă diriger, Ă imposer son cadre, Ă tester celui des autres et comme souvent, il est allĂ© lĂ oĂč il sentait que ça pouvait bouger.
La posture, ce nâest pas une question de ton, ni de fermetĂ© affichĂ©e, câest avant tout, la capacitĂ© Ă tenir une ligne quand lâenjeu monte.
Et soyons lucides : quand on est une femme, dans des environnements professionnels encore largement structurés par des rapports de pouvoir implicites, cette ligne est souvent testée plus tÎt, plus vite, plus frontalement.
Le cadre nâest pas lĂ pour contraindre le client.
Il est là pour te protéger, te positionner, te rendre lisible.
Ce que tu acceptes ou ce que tu refuses, ne définit pas seulement un projet.
âĂa dĂ©finit ta place.
Allez bisou,
Jessica
PS.â
Alors, Ă ce jour, le client nâa pas encore donnĂ© suite aprĂšs le dernier mail de ma cheffe de projet.
Est-ce dĂ©ceptif ? Ăvidemment. Est-ce grave ? A toi de voir...
Parce quâun projet qui ne respecte ton cadre dĂšs le dĂ©part ne âsâamĂ©lioreâ jamais par la suite.
Et parce que tenir sa posture, ce nâest pas garantir un oui, mais garantir de ne pas se perdre en route !
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â
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